Rencontres Animal et Société : mardi 8 juillet, M. Barnier a rendu public son "plan d’actions immédiates" de 34 mesures.
Force est de constater qu’entre les vertueuses déclarations ministérielles du départ et le résultat final, c’est une grande déception pour la protection animale malgré la mobilisation et l’enthousiasme qu’avait suscité cette initiative sans précédent.
Les bonnes intentions et l’habillage trompeur du rapport de M. Tuot cachent difficilement la réalité des faits : les animaux restent avant tout des outils et des biens de consommation dans un système économique qui refuse fondamentalement d’accepter les considérations éthiques et de s’adapter à l’évolution des mentalités et qui fait passer la rentabilité et le profit bien avant tout autre préoccupation.
Pour le CVA, il est en effet symptomatique que la première des demandes phares portées par les associations depuis des années, l’harmonisation du statut de l’animal (être sensible dans les codes Pénal et Rural, bien meuble dans le code Civil), ait été farouchement combattue par la FNSEA et n’ait in fine pas été prise en compte malgré les déclarations préliminaires.
Caractéristique, aussi, le fait de ne pas remettre en question l'utilisation des animaux par les professions du spectacle, des cirques aux spectacles taurins.
Autre mesure quasi surréaliste : la rédaction d’un « guide » pour promouvoir les « bonnes pratiques dans la corrida et les jeux taurins » ! Provocation ? Surdité et aveuglement ?
Comment envisager sérieusement un aménagement à la cruauté incontestable de la corrida ? La cruauté de la corrida serait-elle négociable ? Ceci expliquant peut-être cela, le CVA rappelle que plusieurs membres du gouvernement sont plus ou moins ouvertement aficionados, et que le chef de l’État lui-même s’est affiché à plusieurs reprises dans les arènes
Au chapitre de l’expérimentation, la demande des associations portant sur l’objection de conscience des étudiants, comme cela existe chez nos voisins notamment en Italie depuis 1993, a été éludée. Par contre, on remarque que l’INRA sera mise à contribution pour la réalisation "d’une expertise scientifique collective sur la perception de la douleur par l’animal" …. Est-ce cela le grand changement annoncé ? Combien d’animaux sacrifiés encore sur l’autel de la recherche pour prouver à nos technocrates que quand on leur met des produits corrosifs dans l’œil ou lorsqu’on les brûle, on les intoxique, on leur fait subir des violences, en effet ils souffrent ? De qui se moque-t–on ? Et que penser de l’indépendance et de la neutralité d’un organisme comme l’INRA, parfois sujet à caution en matière de protection des animaux ?
Non, la création des comités d'éthique n'a pas suffit à priver de fondement les accusations contre l'expérimentation, qualifiées de "faciles" par le rapporteur M. Tuot.
Concernant les animaux de compagnie, l’utilisation du terme de "filière" est significatif de la pérennisation de la marchandisation des animaux, avec le maintien notamment de leur vente par petites annonces, la légitimation de la "rentabilité économique" du commerce des "produits" (sic) [par les éleveurs amateurs de chiens]. Le dramatique problème des abandons est ignoré.
Il serait temps, également, de revoir l’utilisation des animaux de compagnie mis au travail, et leur traitement, dans certaines professions privées et publiques (sécurité, surveillance, gardiennage, police, armée..).
La création d'une Commission nationale de suivi des Rencontres Animal et société est certes une intention louable mais pour ne pas rester un vœu pieux la question se pose de savoir quelle volonté, quels réels moyens matériels et humains seront mis en œuvre pour la faire exister, ainsi que l’ensemble des mesures annoncées, sur le long terme.
Bref, contrairement à ce qu’affirme M. Tuot dans son rapport, si le sujet de ces Rencontres n’est en effet pas dérisoire, l’approche de ces questions par le gouvernement n’engendre pas, pour le moment, une situation apaisée, tant paraît tiède sa volonté d'un véritable changement en faveur des animaux.
En revanche, pour reprendre ses termes, la vérité qu’exige la relation aux animaux exclut bien tout mensonge de l’homme envers lui-même. Et là le gouvernement doit largement revoir sa copie, car son soutien à l’immobilisme de certains lobbys est très préoccupant, alors que la France occupe la présidence de l’Union Européenne depuis le 1er juillet.
Rapport de la consultation publique
Rapport du rapporteur général M. Thierry Tuot
Dossier de presse, réunion de clôture
Mesures principales
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