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Contribution de Josyane Querelle
Présidente de la Fédération de Liaisons Anti Corrida (FLAC),
et de Jean-Pierre Garrigues,
Président du Comité Radicalement Anti Corrida (CRAC),
au forum de la convention
Pour un nouveau statut de l’animal |
1) Présentation des structures et de leur
philosophie
Fondée en 1991, à l'initiative de Jacques Dary et de Aimé Tardieu, le CRAC a
pour objet statutaire l'abolition de la corrida; cette association est membre
d'une structure plus vaste : la FLAC. Celle-ci est née au lendemain des
"Journées Européennes anti-corrida" qui eurent lieu en avril 1993 à Béziers.
Elle est née de la volonté déterminée d'un très grand nombre d'associations de
protection animale de confier à une "cellule spécialisée" les actions en
direction de la tauromachie ibérique. Elle est pareillement née du constat que
les divers combats contre la cruauté ne sont pas opposables mais
complémentaires. Le monde humain et le monde animal occupant l'espace Terre
doivent pouvoir y cohabiter pacifiquement.
La FLAC est relayée
sur le terrain par des comités locaux qui informent les adhérents, organisent
des manifestations, font circuler des pétitions, interpellent les élus...
La force de la FLAC, c'est l'union. En effet, différentes associations
anti-corrida sont membres de la fédération et participent à des actions
communes.
2) La législation française
Depuis cinquante ans, il est dans la législation française une loi injuste, en
contradiction avec le principe même de la République "Une et indivisible". C'est
la loi du 24 avril 1951, dite loi "Ramarony-Sourbet".
Ce texte a, en effet, initié l'alinéa 3 de l'article 521-1 du Code Pénal, ainsi
que les articles R 654-1 et R 655-1, introduisant une tolérance en faveur des
spectacles de corrida "lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être
invoquée". L'utilisation abusive de cette "tolérance" par les pro-corridas,
ainsi que son interprétation exagérément extensive par de nombreux magistrats
font que les organisateurs de ces spectacles peuvent tout se permettre et ce, en
dépit de la condamnation formelle des actes de cruauté et des sévices graves
envers les animaux mentionnée à l'alinéa de ce même article. Cette contradiction
législative est une iniquité qu'un pays profondément démocratique comme le nôtre
se doit d'abolir, sachant de surcroît qu'une large majorité de Françaises et de
Français est opposée à ces pratiques barbares (sondages 2000 à Toulouse et 2001
à Fréjus). Il nous paraît donc essentiel et urgent de voir nos députés se
pencher sur ce cas et œuvrer dans le sens d'une abrogation de l'alinéa 3 de
l'article 521-1 du code pénal. Nous travaillons en ce sens auprès d'eux.
Depuis 1951, de nombreuses dérogations ont permis au lobby tauromachique de
poursuivre ses pratiques sur le territoire français pour arriver à la situation
actuelle : les arènes sont de fait assimilées à des abattoirs et les taureaux de
combat sont donc des animaux de boucherie. Peut-on imaginer fin plus abjecte
pour un animal que sa torture juste pour le plaisir d'une foule sanguinaire?
Par ailleurs, un arrêté du 20 décembre 2000,
modifiant l'arrêté du 9 juin 2000 relatif à l'abattage des animaux de boucherie
accidentés, met la France dans l'illégalité européenne la plus totale puisqu'il
permet la consommation de viande de taureau destinés aux corridas, alors que
l'AFSSA reconnaissait le 1er
juin 2001 que les sévices subis par l'animal pendant une corrida favorisait la
dissémination des prions dans tout le corps de l'animal. Cette viande est donc
officiellement susceptible de transmettre à l'homme la maladie de
Kreutzfeld-Jacob. Au regard de la directive européenne 00/ 418/CE, la viande de
taureau de corrida doit être considérée comme impropre à la consommation (cette
directive est applicable depuis le 31 décembre 2000). M. Glavany, ministre de
l'Agriculture, s'est donc permis de sortir la corrida du cadre de la Loi.
3) L'Education
Dans le domaine de l'éducation, un certain nombre d'enseignants, de chefs
d'établissement ou de recteurs d'académie permettent au lobby tauromachique de
pratiquer une propagande scandaleuse auprès des jeunes. Que penser quand des
toreros ou picadors viennent, sous couvert de projet pédagogique, faire du
prosélytisme dans des établissements d'enseignement et proposent à des enfants
de venir voir des corridas (pour être capable de "bien" torturer, il faut
commencer jeune)? De plus en plus d'enseignants s'élèvent contre ces pratiques
et interpellent proviseurs et recteurs, ainsi que le ministre de l'Education
Nationale. Que penser quand des fonds publics sont utilisés dans des écoles
tauromachiques (Arles par exemple) pour apprendre à des jeunes issus de milieux
défavorisés à torturer des veaux et de jeunes taureaux?
Tout ceci signifie qu'en France, en ce début de troisième millénaire, des
"travaux pratiques de torture" sont enseignés à de jeunes adolescents.
Au sein de notre association, nous considérons que les divers combats contre la
cruauté ne sont pas opposables mais complémentaires. Par ailleurs, si la mort
est inéluctable, en revanche la cruauté et la souffrance infligée pour le lucre
et le divertissement ne le sont pas. Les promoteurs de la corrida voudraient
voir porter la torture codifiée du taureau et du cheval aux sommets de l'Art et
de la Culture, soutenus en cela par la loi, l'argent et, trop souvent, les
médias
4) Les finances
Dans le cadre des ferias, les corridas sont payées sur les budgets municipaux.
Même à Nîmes, l'arène la plus fréquentée de France, les courses de taureaux,
déficitaires, sont financées par le contribuable. On imagine l'ampleur du
déficit dans des arènes de moindre importance.
La France entière ne compte pas plus de 5000 amateurs de corridas. Aussi, pour
remplir une arène, il faut une feria. Ce genre de fête attire des visiteurs,
parfois venus de loin, en leur offrant de nombreux divertissements gratuits,
payés par les contribuables : spectacles équestres, concerts de rue, etc... Sans
cette immense subvention municipale qu'est la feria, les arènes resteraient
vides et les corridas disparaîtraient. En revanche, la feria n'a nul besoin de
tauromachie pour prospérer.
5) Les fraudes
Le taureau de corrida n'est pas un "fauve" mais un animal domestique et
herbivore de surcroît. Il ne devient dangereux qu'enfermé dans une arène où
coups et blessures l'obligent à se défendre. Les éleveurs, par sélection
génétique, produisent des taureaux sans danger qui chargent les chiffons rouges
et non les hommes qui brandissent ces chiffons. L'alimentation artificielle au "pienso
compuesto" donne des taureaux énormes, impressionnants, mais trop gras pour être
réellement dangereux. L'afeitado, fraude la plus connue, consiste à scier les
cornes. L'afeitado chimique consiste à droguer les taureaux pour les abrutir
avant la corrida. Les picadors, bien à l'abri sur leurs lourds chevaux
caparaçonnés, infligent aux taureaux, à coups de pique, de larges et profondes
blessures contre la colonne vertébrale. Ces blessures, à la fois paralysantes et
hémorragiques, rendent les bêtes invalides dès le début de la séance de torture.
Les examens vétérinaires révèlent que la moitié des taureaux massacrés en
corrida étaient gravement malades.
6) La corrida et l'Union Européenne
De nombreux arguments vont dans le sens d'une abolition totale de cet
anachronisme barbare au sein de l'Union Européenne.
Nous avons déjà abordé l'aspect illégal des pratiques de la corrida en ce qui
concerne la commercialisation de la viande de ces taureaux en France.
Mais dans le cadre de la future constitution européenne, c'est l'aspect éthique
qui nous semble particulièrement important. Nous sommes au début du troisième
millénaire, l'Europe comptera bientôt 25 membres. Il est grand temps que l'Union
prenne des décisions courageuses pour abolir le symbole même de l'obscurantisme
et du repli identitaire : la corrida, que nous appelons plutôt la " torture
tauromachique " pour bien resituer le problème. Car il s'agit bien d'une
torture, infligée à un être vivant sensible qui ne peut rien faire d'autre que
de subir le bon vouloir de ses tortionnaires..
L'évolution des législations dans les différents pays de l'Union va dans le sens
d'une prise en compte de plus en plus grande du bien-être animal. C'est le cas
en Allemagne, en Hollande, c'est également le cas en Suède : Mme Margareta
Winberg, ministre suédoise de l'agriculture, n'a-t-elle pas déclaré que " les
animaux sont des êtres pensants avec une valeur intrinsèque " ? en Espagne même,
la population est de plus en plus opposée aux corridas et des manifestations
contre cette barbarie rassemblent régulièrement plusieurs milliers de personnes.
En France, y compris dans les villes taurines, plus de 80% de la population
déclarent que la corrida ne fait pas partie de leur culture. Pour que l'être
humain évolue vers un plus grand respect de ses congénères, il doit également
respecter l'ensemble du monde du vivant. Marguerite Yourcenar ne disait-elle pas
que les plus grands bourreaux et assassins se sont toujours fait la main sur des
animaux ?
En conséquence, nous demandons instamment à la
convention de rédiger sur la protection animale un texte courageux et sans
ambiguïtés qui n'introduise aucune exception sous couvert de tradition, d'art ou
de culture.
Nous espérons que cette contribution aura permis d'éclairer la convention sur ce
qu'est réellement la corrida, sur l'état actuel de la législation française, sur
l'évolution des mentalités y compris dans les régions européennes dites " de
tradition taurine ", et surtout sur les raisons éthiques qui font que la corrida
n'est plus acceptable dans une Europe qui se veut civilisée.
FLAC
BP 16
34301 AGDE Cedex
CRAC
1055, chemin des Dupines
30100 ALES
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