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Communiqué de presse du 24 octobre 2004
LA SAINT-BARTHELEMY DE LA FAUNE SAUVAGE
Bien qu'on élève peu de
moutons dans le Vercors et que la transhumance soit passée, un loup vient d'y
être inutilement - mais légalement - abattu, pour la première fois depuis plus
de cinquante ans.
Cinquante ans en arrière, c¹est à peu près le saut que la classe politique au
pouvoir est en train de faire accomplir à la protection de la nature dans ce
pays. Quand le ministre dit de l¹écologie donne l¹autorisation (c'est-à-dire
l'ordre) d¹abattre des loups protégés par la Convention de Berne, on peut
s¹attendre à ce que le ministre de la culture autorise et ordonne la lacération
de la Joconde.
Cette destruction
programmée annonce celle des ours, des lynx et de tous les prédateurs, désormais
"nuisibles" et interdits de séjour sur le territoire de la république.
" Un début..." comme disent les éleveurs. Car cet acte de vandalisme officiel
n¹est en effet qu'un avant-goût de la véritable Saint-Barthélemy qu¹on prépare
contre la faune sauvage. Officiellement, ce massacre s'appelle "loi sur les
territoires ruraux". Les discussions de l'Assemblée ont donné lieu à des
échanges surréalistes où, disons-le franchement, l¹ignorance ne le dispute qu¹à
la bêtise. On s¹attendait à un débat. On assiste à une curée.
Florilège.
Pour Jean Lassalle (UDF), la directive habitats doit introduire " la protection
de l'homme, oublié au profit de la protection de la nature. "
Jean-Claude Lenoir (UMP) estime également, avec une grande finesse, " qu'il ne
peut y avoir d'équilibre naturel sans la main de l'homme ".
Charles-Amédé de Courson (UDF) va plus loin : " Une attaque de cormorans c'est
pire qu¹un bombardement allemand en piqué ", dit-il. Il est intolérable que les
ministres successifs protègent les cormorans nazis. Pourquoi s¹arrêter en si bon
chemin dans la lutte contre les nazis des bois et des airs ?
Josette Pons (UMP) propose " de répandre nuitamment de la glu sur les perchoirs
puisque la capture des turidés, traditionnelle en Provence, exige que la pose de
gluaux s'effectue de nuit. "
Dès lors que Pierre Lang (UMP) donne bonne conscience aux destructeurs " Nous
ferions acte d'écologie en régulant ces espèces. "
il semble que chacun ne veuille plus qu'associer son nom à la destruction d¹une
espèce, comme celui d'Estrosi (UMP) au loup ou de Bonrepeaux (PS) à l'ours. A
qui le putois ? Pourquoi pas à Jean-Paul Decool (apparenté UMP) qui propose de
déclarer la guerre chimique pour éradiquer les sales bêtes: putois, belettes et
fouines, pies, corbeaux, renards, blaireaux, comme il a déjà obtenu de le faire
contre les ragondins et les rats musqués ?
Tout y passe, non seulement les cormorans, si justement démasqués par le
courageux M. de Courson, mais aussi les buses, faucons, éperviers, busards, et
autres "bec-crochus" et de nombreuses autres espèces (Lemoine, UMP), le héron et
le goeland qui polluent nos villes (Landrain, UMP), et même le cygne, (Léonard,
UMP). Bon appétit, messieurs !
"Nos amis chasseurs",
comme on les appelle à l¹UMP, font figure de sauveurs. Les empêcheurs de tirer
en rond n¹auront qu¹à bien se tenir !
" Nous rencontrons sur nos territoires des gens, promeneurs et ramasseurs de
champignons, qui n¹ont rien à y faire " prévient Edouard Landrain (UMP).
Pierre Lang (UMP) propose même " de considérer les fédérations de chasseurs
comme des caisses d'assurance mutuelle "(?), tandis qu¹André Chassaigne (PC) "
attentif aux problèmes auditifs des chasseurs âgés ", défend les colliers de
chiens équipés de sonnaillons électriques. Tout propriétaire sera tenu d¹adhérer
à une société de chasse, au mépris de la loi européenne.
Les associations de
protection de la nature et les scientifiques se voient exclus des centres de
pilotage Natura 2000 au profit des chasseurs et des propriétaires. J'abrège, il
n¹est que temps. Lors de cet appel au carnage, Yves Cochet (Verts) tente
vainement de faire entendre sa voix sous les huées et les insultes. Jean-Paul
Chanteguet (PS) préfère y renoncer. Dans l'enthousiasme, les fédérations de
chasse redemandent l'agrément au titre de la protection de la nature. Pourquoi
pas Marc Dutroux à la protection de l'enfance ?
Alors que chacun se désole ou feint de se désoler de la disparition des espèces
animales et des atteintes à la vie sauvage, voilà donc ce qu'on entend et ce
qu'on fait, au début du XXIème
siècle, au siège de la représentation nationale !
Au-delà de la
consternation, de la tristesse et de la colère, on reste confondu de honte
devant cet appel à la violence d'une classe politique qui ne rêve que tirs,
pièges, glu, poison, et pour qui la nature est d¹abord un stand de tir à la
cible vivante, alors même que 80% de nos concitoyens veulent voir ou savoir
qu¹il existe en France des animaux sauvages ailleurs que dans les zoos. Notre
pays, lanterne rouge de l¹Europe en matière d¹environnement et plusieurs fois
condamné (la semaine dernière encore pour pollution officielle de l'Etang de
Berre), persiste dans son hystérie naturophobe.
J'étais au Conseil d'Etat l'été dernier pour représenter mon association lorsque
l'abattage des loups y a été déclaré légal, ce que contestaient et contestent
encore les écologistes. Si cela intéresse un journal, je dirai comment les
représentants des associations furent invités à se taire et comment furent
écartés leurs arguments, face au bataillon de vandales dépêché par les
ministères. Le représentant de l'Office de la Chasse et de la Faune sauvage, M.
Migot, assurait, sans doute en toute sincérité, que l'autorisation de tir
n'avait été donnée que dans trois départements pour permettre l¹extension du
loup dans les deux autres départements où il est présent. Ignorait-il que quinze
jours après, pas plus, le ministère "de l'écologie" étendrait l'autorisation de
tir aux cinq départements ? Il est maintenant question qu'un simple maire ait
pouvoir de faire "enlever" les loups sur le territoire de sa commune. D'une part
on demande aux gardes-chasse de fermer les yeux sur les braconnages en Camargue,
en Baie de Seine, ou en Ardèche, et d'autre part on matraque les faucheurs d'OGM.
Nous savons au moins où nous sommes.
On a vu aussi ce que pèsent les impératifs de santé publique face au lobby des
viticulteurs, des buralistes ou de l¹industrie chimique, tandis que pécheurs,
camionneurs, agriculteurs, défilent encore en rangs serrés dans les ministères.
On voit ce que pèse la nature tout entière face au lobby des éleveurs ou de la
chasse. La sixième extinction se poursuit et s'accélère, sous les
applaudissements des intérêts particuliers et des politiques qui les
soutiennent. Nos représentants prétendus n'hésiteraient plus à brader la planète
tout entière pour un plat de lentilles en forme de tronçon d¹autoroute,
d¹incinérateur d'ordures ou d'une poignée de voix.
Cette désanimalisation,
qui s'ajoute au réchauffement climatique et aux pollutions généralisées est en
train de rendre la Terre impropre à la vie.
Personne ne peut plus prétendre l'ignorer. A une époque où seuls triomphent la
lésine, le calcul et le mensonge, il y a de la gloire à être exclu du camp des
vainqueurs. L'honneur est dans la défaite. Le loup du Vercors ne sera peut-être
donc pas mort en vain s'il apparaît comme la première victime officielle de
l'écocide en cours. Cent députés criminels ne pourront jamais rien contre un
seul témoin d¹une liberté perdue, quand même ce serait la dépouille d¹un loup.
Il importait de lui rendre hommage. Armand Farrachi
CONVENTION VIE ET
NATURE POUR UNE ÉCOLOGIE RADICALE
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